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Réflexions sur ma participation au SMSI

Catherine Roy - 18 mai 2005

La conférence « Paver la voie de Tunis - SMSI II : points de vue de la société civile canadienne sur le Plan d'action de Genève et résultats possibles de la PhaseII » s'est déroulée du 13 au 15 mai dernier à Winnipeg, Manitoba. Quelques 200 représentants de la société civile, du milieu universitaire et du secteur privé provenant de l'ensemble des provinces et territoires du Canada se sont réunis pour discuter des questions relatives à l'édification de sociétés de l'information au Canada. Cette réunion avait lieu dans le cadre d'une conférence organisée par la Commission canadienne pour l'UNESCO (CCU) en préparation de la deuxième phase du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI)

Une dizaine d'ateliers ont permis aux participants d'examiner l'état actuel des principaux éléments du Plan d'action adopté lors de la Phase I du SMSI à Genève en décembre 2003 : l'infrastructure, le coût de l'accès, le domaine public, les codes sources ouverts, les réseaux communautaires, les technologies adaptées, l'éducation, les médias traditionnels, la liberté d'expression dans les médias traditionnels et nouveaux, la diversité culturelle, la préservation des langues autochtones, les partenariats avec les pays en voie de développement, la gouvernance et les applications relatives à l'Internet. La CCU devrait diffuser un rapport des résultats de la conférence sous peu et je vous aviserai lorsqu'il sera disponible.

Il importe de signaler qu'au travers des discussions, la question des droits humains en Tunisie a pris beaucoup de place compte tenu que la 2e phase du SMSI aura lieu à Tunis en novembre prochain et que l'accès à l'information et la violation des droits et libertés poseraient de sérieux problèmes. L'ambassadeur de la Tunisie au Canada ainsi que le conseiller du Ministre des technologies de la communication du gouvernement de la Tunisie, tous deux présents pour l'événement, ont été interpellés à plusieurs reprises à ce sujet et il est clair que de nombreux délégués sont restés plutôt sceptiques face aux explications fournies.

De plus, les représentants de la société civile ont profité de l'occasion (étant donné la convergence de toutes ces réalités et expertises en un seul lieu) pour élaborer une déclaration de la société civile interpellant le gouvernement canadien sur un certain nombre de problématiques liées au développement de la société de l'information et sur le rôle que le Canada doit jouer, tant dans sa propre cours qu'au niveau international, afin d'assurer un accès équitable pour tous aux retombées de la Société de l'information. Ce document, qui sera disponible en français et en anglais, est en chantier pour deux semaines encore car il aurait été impossible en trois jours de concilier tous les points de vue. Notons qu'une section porte sur l'accessibilité pour les personnes handicapées mais je ne sais pas si le texte sera retenu au complet car, semble-t-il, les deux petits paragraphes que j'ai proposés doivent être synthétisés davantage (!)

Soulignons également l'importante délégation québécoise lors de la conférence (mon voisin lors du vol de retour était très impressionné de voir autant de Québécois dans l'avion) . Il serait impossible d'en faire la liste complète mais signalons notamment la présence de Communautique, le CEFRIO, le Carrefour mondial de l'Internet citoyen, Arrondissement.com, Projet Bromont Collectivité ingénieuse, les Universités Concordia, McGill et de Montréal, l'Institut de coopération pour l'éducation des adultes, le Réseau québécois des Centres d'accès communautaire Internet, ISOC-Francophonie, le Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine, CyberSolidaires, Téluq, etc., etc. Île Sans Fil fut le fournisseur d'accès Internet wifi pendant l'événement, ce qui fut très apprécié par l'ensemble des délégués.

On entend ça souvent mais il importe de souligner la richesse des expériences, expertises et initiatives développées par la société civile et les milieux communautaires au Canada. L'événement fut une belle occasion de faire connaître et de valoriser les nombreux projets coast to coast et de constater qu'à travers les diversités linguistiques, géographiques, culturelles, politiques, etc., un objectif commun nous unit : le développement d'une Société de l'information réellement inclusive. De plus, les délégués présents ont rappelé à plusieurs reprises que le Canada peut jouer un rôle important auprès des pays en développement ou en transition quant aux retombées de la Société de l'information mais qu'il a aussi beaucoup à apprendre de ces pays.

Le gouvernement canadien tarde à se mouiller en ce qui a trait à ses positions sur des questions clés de la 2e phase du SMSI, notamment la gouvernance d'Internet. La société civile a intérêt à suivre les travaux de près et de profiter de chaque occasion pour inviter le gouvernement à clarifier ses positions.

Le gouvernement canadien doit s'investir davantage afin d'assurer la pérennité des initiatives en matière de réduction de la fracture numérique car de nombreux projets ont dû être abandonnés, faute de financement stable et récurrent, constituant dans plusieurs cas des reculs pour les populations visées par ces interventions.

La société civile souhaite qu'une plus grande place soit faite aux interventions des milieux communautaires dans les partenariats à développer et qu'on mise sur des partenariats publics-privés-communautaires, en assurant aux organismes les moyens d'assumer réellement ces partenariats.

Comme d'habitude, j'étais pratiquement la seule personne handicapée présente à l'événement (j'ai aperçu brièvement une personne en fauteuil roulant lors de la deuxième journée mais elle est disparue à un moment donné. Je dis souvent que je n'ai pas l'intention de devenir la « poster-child » dans ce milieu pour les personnes handicapées mais si ça continue comme ça, je devrai bientôt acheter ma propre imprimerie. J'espère ardemment que mes complices du milieu de la déficience se joindront à moi bientôt pour travailler sur ce dossier. Si vous souhaitez en savoir plus sur les enjeux de la Société de l'information pour les personnes handicapées, je vous invite à consulter le mémoire qu'a soumis la Commission internationale sur les technologies et l'accessibilité lors de la première phase du SMSI.

La controverse entourant la tenue du SMSI - phase 2 à Tunis n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre et nous pouvons certainement nous attendre à d'autres manifestations dénonçant la situation qui prévaut dans ce pays.

Selon moi, la Commission canadienne pour l'UNESCO s'avère un allié important dans le dossier du SMSI et sa volonté manifeste de soutenir les divers acteurs canadiens pour comprendre, s'approprier, échanger et participer à la construction d'une Société de l'information inclusive constitue un atout majeur pour les groupes de la société civile et nous avons intérêt à prendre pleinement avantage de cette ouverture et de ce soutien.

Enfin, j'imagine que la ville de Winnipeg est très belle mais malheureusement, je n'ai presque rien vu, ayant été enfermée dans un hôtel (il faut le dire, merveilleux) pendant 3 jours. Toutefois, je peux vous dire que les habitants de Winnipeg sont très chaleureux !